Rencontre avec Macarena-Paz Celume
"Tout le monde travaille sur des projets différents mais nous nous rejoignons autour d’une volonté commune : celle de contribuer à l’éducation"
18 10 2021
Rencontre avec Macarena-Paz Celume

Quand on lui demande ce qu’elle voulait faire quand elle était plus jeune, on comprend que l’interdisciplinarité faisait déjà partie intégrante de l’ADN de Macarena-Paz Celume : ““Je voulais être beaucoup de choses : comédienne, chanteuse, prof, astronome et psychologue. Et j’ai beaucoup de chance car c’est presque tout ce que je fais aujourd’hui ! Je chante avec un groupe, je fais du théâtre avec une troupe, j’enseigne et je suis Docteure en psychologie.”
Ces trois ambitions ne sont pas des hasards de parcours mais servent bien un but unique, celui de “contribuer au développement de l’enfant et à l'éducation.” Elle explique : “Je ne voulais pas juste être comédienne, je voulais mettre de la pédagogie dans le théâtre. Je ne connaissais pas le mot “interdisciplinarité” mais j'étais déjà dans cette démarche car passionnée de tout.”

L’INTERDISCIPLINARITÉ COMME ADN

De passage à Paris, elle commence à apprendre le français, s’intéresse à la France et envisage d’y faire sa thèse. D’abord déstabilisée par la sacro-sainte bureaucratie française, elle n’en démord pas. “Mon principal obstacle était l’interdisciplinarité de mon sujet de recherche. Dans les filières de Théâtre, on me disait de présenter mon projet en psycho. En psycho, on me disait de le porter auprès des Sciences de l’Education. En Sciences de l’Educ’, on me disait d'aller voir le Théâtre.”

C’est ce même écueil qui finit par la mener logiquement au CRI où la réalisation de la nécessité de l’interdisciplinarité est l’impulsion même qui lui donna naissance.
“Un jour, j’ai reçu une réponse concrète qui me disait que mon projet était intéressant mais très interdisciplinaire. Du coup, j’ai tout bêtement tapé sur Google “recherche interdisciplinaire” et je suis tombée sur le CRI. Je n’en revenais pas que ça existe et que ça existe en France !”


UN MASTER QUI PORTE SES ETUDIANT·E·S

Les inscriptions pour l’Ecole Doctorale étant déjà clôturées, Macarena se tourne alors vers le master AIRE, spécialisé dans les Sciences de l’apprendre, de l’Université de Paris, hébergé au CRI. Elle se donne un an pour affiner son projet de recherche et en profite pour se nourrir de l’écosystème du CRI. La chercheuse décrit alors le CRI comme “un lieu où il est possible de découvrir d'autres façons de travailler, d’être ouvert au changement, de remettre en question ses opinions, d’élargir ses horizons afin de chercher de meilleures voies, dans tous les domaines possibles."

“Ce master m’a ouvert tout un tas de perspectives. Tout d’abord sur ce qu’était véritablement l’interdisciplinarité.” De fait, le programme est enrichi par la symbiose de disciplines comme la psychologie, l’informatique, les sciences de l’éducation, le design, etc. Le master s’emploie à ne pas se limiter à un enseignement descendant et met en avant l’apprentissage par les pairs, ou l’apprentissage par le faire. “J’ai pu côtoyer des personnes qui venaient de partout, avec des parcours complètement différents, je me suis enrichie de ces rencontres et de ces projets.”

A l’écoute de ses étudiant·e·s, l’équipe pédagogique saisit vite les besoins de Macarena : “Comme j’avais déjà un master ainsi qu’un projet de recherche, l’équipe a tout de suite aménagé mon année pour qu’elle puisse servir mon projet”.
Une des particularités du master est le petit effectif de ses classes (34 étudiant·e·s), permettant un suivi constant et une personnalisation des apprentissages. Le cursus s’ajuste selon les besoins de ces étudiant·e·s d’horizons différents pour leur permettre de créer et de formaliser leur projet. C’est cette relation personnalisée qui permet un un dialogue privilégié entre l’instance et ses étudiant·e·s : “Nous, les étudiants, avons œuvré pour ouvrir le master à l’international, comme il l’est aujourd’hui. Nous avons expliqué qu’il était plus facile pour les français de de postuler au master et d’être acceptés car ils connaissaient déjà le système.” Aujourd’hui, le master AIRE compte 19 nationalités différentes.
“Dans ce parcours académique, tout le monde travaille sur des projets différents mais nous nous rejoignons autour d’une volonté commune : celle de contribuer à l’éducation.”

SE REUNIR POUR BOUGER LES LIGNES DE L’APPRENTISSAGE

Ce qui rassemble les étudiant·e·s du master, c’est cette envie de faire bouger les lignes de l’éducation, d’innover dans l’enseignement et de changer les modes d’apprentissage.
Pour Macarena-Paz Celume, tout part d’un constat simple : “Au Chili, je voyais qu’à l’école, on ne s'intéressait pas vraiment au bien être des enfants. Pourtant le développement des compétences créatives, socio cognitives et émotionnelles favorisent l’apprentissage et l’insertion dans un groupe et plus largement dans la société. Or, ces compétences ne sont pas innées. Qui va nous apprendre à gérer ces émotions qui sont fondamentales pour s’inclure dans la vie, dans la société ? Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents qui ont le temps et les capacités pour nous aider à nous épanouir.”
La chercheuse crée alors des ateliers qui mêlent pédagogie active et théâtre pour permettre aux enfants et adolescent·e·s d’exprimer leurs émotions tout en jouant avec leur créativité.

LE CRI, UN CARREFOUR DE RENCONTRE

Quand on rentre dans l'écosystème du CRI, on n’en sort pas une fois le diplôme en poche. Les étudiant·e·s sont encouragé·e·s à s’investir dans les clubs étudiants, dans les événements du CRI et plus largement au sein de sa communauté. “Ce qui m’a aidé pour la suite c’est que j’étais bien identifié dans l’écosystème du CRI. Pas seulement en tant qu'alumni mais aussi parce que je donne toujours des cours au master en plus d’avoir pu participer à de nombreux projets durant mes études.”

C’est pendant ces années que Macarena-Paz Celume rencontre Franck Zenasni, actuel directeur du parcours Learning Sciences du master. Il accepte de superviser ses travaux de recherche de doctorat sur le développement des compétences créatives, socio-cognitives et émotionnelles par la formation à la pédagogie du théâtre chez les enfants d’école primaire, au sein de l’École Doctorale "Cognition, Comportements et Conduites Humaines" de l'Institut de Psychologie de l'Université de Paris.“Franck m’a beaucoup soutenue, j’avais toujours mille projets en tête et il m’a toujours encouragée.”

Et des projets, il y en a sous le toit du CRI, tous engagés en faveur des Objectifs de Développement Durable, combinant recherche et innovation pédagogique. Ainsi le programme RTR, soutenu par le Ministère du Travail, propose d’expérimenter de nouvelles approches pédagogiques pour mobiliser, accompagner, développer et valoriser les compétences des personnes éloignées de l’emploi. Conscient des compétences de son ancienne étudiante, c'est encore Franck Zenasni qui pense à Macarena-Paz Celume pour intégrer RTR en tant que responsable de la recherche : “J’ai rencontré les personnes autour du projet et il y a eu un feeling. Ce qui fait une des forces du CRI, c’est que tu n’es pas obligé·e d’avoir un parcours ultra-cadré comme on aime en France. Mais si tu arrives sur un projet, que tu as un état d’esprit qui colle bien, que tes compétences parlent pour toi, on te considère sérieusement.”

C’est ainsi que la chercheuse intègre le projet “qui a trois principes: compétence, inclusion, éducation.”
Tout de suite, l’équipe de RTR fait le pari de ne pas limiter leur apport aux compétences opérationnelles pour trouver un travail mais aussi de travailler les “compétences émotionnelles et sociales, comme l’empathie et la ténacité. Elles sont concomitantes à des compétences plus opérationnelles, pour développer un travail ou monter un projet. Elles permettent d'identifier ce que tu veux faire et d'identifier comment tu peux y parvenir.” On reconnaît là la patte de Macarena-Paz Celume. ”Je suis persuadée que les métiers de demain auront besoin de gens créatifs, agiles, critiques.”

S’EPANOUIR POUR AVOIR UN IMPACT POSITIF

Un parcours semblable à celui de Macarena-Paz Celume nécessite une incroyable volonté : “ Si je veux faire quelque chose, je le fais, je suis hyper déterminée. Quand on me disait non, j'insistais. Je saisis les opportunités mais je travaille aussi énormément, je dis oui tout le temps, ce qui peut être un problème.”
C’est l’accumulation de cette force de travail, de ces projets et de ces rencontres qui ont permis à ses recherches d’être consacrées : "J'avais fini ma thèse depuis deux ans, lorsque j’ai reçu un mail me proposant de postuler au Prix de Thèse, décerné par l'École Doctorale Cognition, Comportements et Conduites Humaines de l'Université de Paris. J'envoie ma candidature sans trop y croire. Et finalement, surprise, je l’ai ! C’est la reconnaissance de toutes ces années de travail car le Prix de Thèse valorise un ensemble : la thèse, l’interdisciplinarité, le parcours et l’ensemble des projets.”

Quand on demande à la chercheuse si elle se sent “actrice du changement”, elle répond modestement que non, qu’elle n’est pas “Greta Thunberg ” et qu’elle travaille sur des sujets qui ne sont pas “à la mode”. Et pourtant, c’est au quotidien qu’elle s’engage pour le développement émotionnel et psychologique des enfants, pour changer les regards sur l’éducation et les amener les gens à s’épanouir pour qu’ils puissent, à leur tour, changer les choses : “Si j’en avais le pouvoir, j'irais dans les écoles et je ferais en sorte que les personnels enseignants soient formés et aient le temps et les moyens d’aider au développement des compétences créatives, émotionnelles et psychologiques. J’adore me lever et aller travailler. J’ai des soucis comme tout à chacun, mais je fais ce que je veux faire dans la vie. J’aimerais que tout le monde ait cette chance. Et pour changer la société, nous avons besoin de personnes qui s'épanouissent dans leurs projets car ils sauront transmettre, à leur tour, leur passion.”

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Remerciements à Macarena-Paz Celume pour le temps qu'elle nous a accordé pour répondre à nos questions.


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